L'Eglise catholique a pris lentement conscience du nombre des sacrements. On a admis définitivement qu'il y en avait sept au XVIème siècle et, plus précisément, à la septième session du concile de Trente.
A vrai dire, deux sacrments sont dès l'origine apparus comme fondamentaux : le Baptême et l'Eucharistie.
Saint Thomas distinguait entre les sacrements majeurs et les sacrements mineurs. Il justifiait l'existence des sacrements en les rattachant aux grandes étapes de la vie (naissance, baptême, passage à l'état adulte, confirmation, mariage, etc.); et il est vrai que, si Dieu rejoint l'homme, il le lui signifie aux moments significatifs de sa vie.
On préfèrera aujourd'hui affirmer qu'en fait, il y a un sacrement, l'Eucharistie, qui signifie fondamentalement la totalité du mystère du don de Dieu à l'homme et de l'homme à Dieu, et six sacrements qui développent, chacun dans sa ligne particulière, une des richesses de l'Alliance de Dieu avec l'homme.
Les sept sacrements sont : baptême - eucharistie - confirmation - réconciliation - mariage - ordre - onction des malades.
Que serait la tendresse des parents pour leurs enfants, l'amitié et la solidarité dans l'épreuve, I'amour des fiancés et des conjoints, la sollicitude envers les malades, si nous n'avions que la parole ? Dans les moments les plus importants de la vie, qu'ils soient joyeux ou douloureux, la parole a besoin de gestes pour toucher le coeur humain. L'Eglise, elle aussi, a des gestes qui "parlent".
Renvoi au Guide pratique de la CIPL (année : Appelés à célébrer)
Si les paroles ont le pouvoir de "toucher", de blesser ou de guérir, c'est parce qu'elles sont portées par un ensemble de signes qui "disent" l'amour et la tendresse, le mépris ou l'indifférence.
Dieu nous touche par sa Parole et par ses gestes. Ses mains, dit la Bible en langage poétique, nous ont façonnés à son image. N'a t il pas libéré son Peuple "à main forte et à bras étendu" ? ... Dieu nous touche parce qu'il s'approche de nous. Il a pris notre humanité pour faire corps avec nous. Par la main de Jésus, il guérit, il bénit, il réconcilie et il consacre...
Quand Dieu fait signe, il se met à notre portée. Il n'écrase pas? il élève. Le plus beau signe du Père, c'est qu'il a envoyé son Fils. Le mot latin "sacramentum" signifie entre autres "serment solennel de fidélité, au moyen d'un signe authentique". C'est pourquoi nous disons que Jésus Christ est le sacrement par excellence qui réalise la rencontre entre Dieu et les hommes. L'Eglise est à son tour le sacrement de la présence du Christ parmi nous. En elle, chaque sacrement est une parole et un geste de salut: le Seigneur nous fait renaître à la vie, nous confirme et pardonne nos péchés; nous réconcilie; il unit l'époux à l'épouse; il rassemble son peuple à la même table et se donne en nourriture; il fait revivre les malades et donne des pasteurs à son peuple.
Celui qui confère le sacrement doit avoir l'intention de faire ce que fait l'Eglise. Même si celui ci est pécheur, le sacrement ne perd pas sa valeur sanctificatrice, car c'est le Seigneur qui agit à travers le geste sacramentel. Quand Pierre, Paul ou Judas baptise, "c'est le Christ qui baptise", dit saint Augustin.
Ce qui nous transforme, c'est la rencontre du Ressuscité. Aussi les sacrements sont ils l'oeuvre de l'Esprit: c'est grâce à lui que nous pouvons rencontrer le Seigneur à travers les paroles et les gestes sacramentels par lesquels lui même opère le salut et renouvelle notre existence. La rencontre du Ressuscité suppose la foi de celui qui demande le sacrement, la foi de l'Eglise suppléant à celle de l'enfant lors de son baptême ou de sa confirmation. En effet, le Christ lui même ne pouvait faire aucun geste de salut là où on ne croyait pas en lui (Mc 6, 5).
N'est ce pas lorsque nous y sommes trop peu engagés que nos célébrations nous laissent un sentiment de vide ? Celui qui aime vraiment prend soin de se préparer, corps et âme, à la rencontre de celui qu'il aime. Le chrétien se prépare intérieurement à rencontrer le Christ. Une célébration vécue "de l'intérieur", ne nous laisse pas pareils à nous mêmes aujourd'hui, demain, à la longue...
"Je suis avec vous pour toujours, jusqu'à la fin du monde", dit le Seigneur (Mt 28, 20).
Nous nous demandons parfois comment rejoindre le Ressuscité ? En réalité, c'est lui qui vient à nous, là où nous sommes. L'Eglise, Corps du Christ, le rend perceptible dans notre histoire. Elle le fait par la proclamation de la Parole et par les sacrements du baptême, de la confirmation, de l'eucharistie, de la réconciliation, de l'onction des malades, du mariage et de l'ordre.
Le Seigneur n'est pas seulement présent dans la Parole et les sacrements, mais aussi dans l'assemblée convoquée par lui et dans le célébrant qui agit en son nom.
Nous célébrons le Seigneur et aussi le fait d'être ensemble grâce à l'appel du Père. L'annonce de la Bonne Nouvelle remplit de joie ceux qui se convertirent et crurent au Seigneur. Cette joie de la première heure est encore la nôtre. Nous ne croyons pas "chacun pour soi", mais la foi nous rassemble, comme les disciples et les foules à la voix de Pierre le jour de la Pentecôte. Notre allégresse s'exprime aujourd'hui encore par des chants, des hymnes et des psaumes pour célébrer Dieu-avec-nous.
Dans l'eucharistie, le Christ est présent, même au delà de la célébration, sous les signes du pain et du vin. C'est pourquoi la sainte eucharistie est conservée dans le tabernacle, d'abord pour qu'on puisse la porter aux malades et aux mourants, mais aussi pour permettre aux fidèles de prier en présence du Saint Sacrement: cette prière d'adoration les unit au mystère pascal; elle les fait communier au sacrifice du Christ dont l'eucharistie est le sacrement "permanent". Celui qui communie ainsi spirituellement ou qui reçoit le Corps du Christ en dehors de la célébration eucharistique, exprime son désir de participer pleinement à la messe.
L'eucharistie est la source et le sommet de toute la vie chrétienne. La prière du croyant est stimulée et aidée par la présence du Christ dans nos églises: "Le Maître est là, il t'appelle" (Jn 11, 28). Cette présence fait de nos églises un lieu de rencontre avec le Seigneur. "Il est fidèle, celui qui nous appelle" (1 Th 5, 24).
Tous les sacrements ont leur origine dans le Christ mort et ressuscité, qui a voulu que sa vie soit donnée par les signes de son Eglise. Cela ne veut pas dire que nous connaissons pour chacun d'eux le lieu, le moment et les paroles de son institution.
En ce qui concerne l'eucharistie, les évangélistes Matthieu, Marc et Luc, ainsi que saint Paul (1 Co 11, 23) témoignent clairement de son institution par Jésus. Quant au baptême, Jean baptisait avant Jésus, mais l'Eglise se rend compte que le baptême au nom de Jésus est différent de celui de Jean. "Moi, je vous ai baptisés d'eau, dit le Baptiste, mais lui vous baptisera d'Esprit Saint" (Mc 1, 8). Les écrits apostoliques (évangiles, épîtres, Actes) témoignent que le baptême au nom de Jésus confère l'Esprit (Ac 19, 1 7). Ils rapportent plusieurs fois que Jésus a donné aux Apôtres la mission de baptiser et aussi celle de remettre les péchés. Dieu seul possède ce pouvoir et Jésus ressuscité l'a confié aux Apôtres.
Quant aux autres sacrements, les témoignages ne sont pas aussi explicites. Les écrits apostoliques parlent d'imposition des mains à ceux qui sont mandatés pour une mission, d'onction d'huile aux malades et du mariage chrétien, "mystère du Christ et de l'Eglise".
La réflexion des premiers chrétiens sur les faits et gestes de Jésus a été guidée par les événements. Ainsi, dans le cas de la confirmation, I'Eglise a fait l'expérience que le don de l'Esprit, en tant qu'il confirme le baptême, peut se manifester dans un geste séparé du baptême (Ac 8, 14 17). Quant au mariage, il préexistait, en tant qu'institution. Mais, en méditant les paroles de Jésus évoquant les exigences de la fidélité conjugale, les Apôtres ont pris conscience de la spécificité du mariage chrétien. Jésus guérissait les malades et en donnait la mission aux Apôtres. L'Eglise a vu dans ces gestes de guérison du corps, une guérison du coeur et une rémission des péchés. C'est en raison de la mission des Douze et de la charge de berger confiée à Pierre, que l'Eglise se sait instituée par Jésus en tant que communauté apostolique et hiérarchique.
Quand l'Eglise confesse que tous les sacrements ont été institués par Jésus, elle ne l'entend donc pas dans un esprit juridique. Dans la foi, elle exprime que tous ces gestes de salut sont voulus par Jésus et ont leur source en Jésus. C'est lui même qui baptise et confirme maintenant et qui s'offre au Père et aux hommes. Il pardonne lui même les péchés. Il oint lui même les malades pour les sauver; il scelle lui même l'union conjugale; il communique lui même ses pouvoirs dans l'ordination. Il est toujours celui qui, en premier, confère le sacrement. Le rôle de l'Eglise est alors celui "d'intendant des mystères de Dieu" (1 Co 4, 1): les sacrements ne lui appartiennent pas en propre. Aussi estime-t-elle qu'elle ne peut omettre aucun des sept sacrements et qu'elle ne peut en ajouter d'autres. Elle ne les administre pas comme si elle en était l'auteur mais elle annonce et transmet aux hommes les grâces qui lui viennent du Christ. Ainsi, en tout temps, les paroles et les gestes du Seigneur restent perceptibles, afin qu'à chaque époque des hommes et des femmes puissent répondre à l'appel du Christ, qu'ils aient part à son mystère pascal et qu'ils participent à sa mission jusqu'à ce que "Dieu soit tout en tous" (1 Co 15, 28; Col 3, 11).