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Commentaires sur l'encyclique

13 Juillet 2009

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La lettre encyclique de Benoît XVI propose sa lecture de la doctrine à la lumière du développement humain durable. Le service de presse de la Conférence épiscopale, présente les principales questions sociales évoquées dans ‘Caritas in Veritate', soulignant ce rapport au monde qu'entretient l'Eglise, donnant aux lecteurs quelque clé de lecture. Vérité et Amour sont au cœur du texte pontifical, comme le relève le commentaire : « C'est la vérité qui permet de poser un regard lucide sur la société d'aujourd'hui et c'est l'amour qui pousse à agir. » Dans cette première encyclique du 21è siècle, Benoît XVI demande  une nouvelle réflexion sur le sens de l'économie et de ses finalités, une révision éthique du modèle de développement, et rappelle aux hommes qu'une économie mondialisée qui se développerait en dehors de tous principes moraux, mènerait à l'impasse.

 

Timing et titre 

Alors que le monde endure la première crise économique majeure de la mondialisation, l'Encyclique sociale de Benoît XVI est  publiée à la veille du sommet du G8 et quelques jours avant sa rencontre avec le président Obama. Un timing pas innocent. Le pape imite en cela ses prédécesseurs à commencer par Léon XIII qui avait publié en pleine « question ouvrière » l'encyclique « Rerum novarum » (1891). A sa suite, il y avait - entre autre - eu Populorum progressio, première encyclique de l'ère postcoloniale (Paul VI, 1967) et Centesimus Annus, première encyclique de l'ère post-guerre froide (Jean-Paul II, 1991).

Le titre de l'encyclique constitue sa grille de lecture : « L'amour dans la vérité » :  « L'amour - «caritas» - est une force extraordinaire qui pousse les personnes à s'engager avec courage et générosité dans le domaine de la justice et de la paix. » (N°1) Cependant, « dépourvu de vérité, l'amour bascule dans le sentimentalisme. L'amour devient une coque vide susceptible d'être arbitrairement remplie. » (N°3)  C'est la vérité qui permet de poser un regard lucide sur la société d'aujourd'hui et c'est l'amour qui pousse à agir.  

Pas de mondialisation sans âme

Sans vouloir s'immiscer dans le jeu de politique partisane, l'Eglise ne souhaite pas servir d'aumônier au capitalisme sauvage : « L'Église n'a pas de solutions techniques à offriret ne prétend aucunement s'immiscer dans la politique des États. Elle a toutefois une mission de vérité à remplir, (...) en faveur d'une société à la mesure de l'homme, de sa dignité et de sa vocation. Sans vérité, on aboutit à une vision empirique et sceptique de la vie, incapable de s'élever au-dessus de l'agir ». ( N°11)

Ce thème revient souvent sous la plume de Benoît XVI : « On relève parfois des attitudes fatalistes à l'égard de la mondialisation, comme si les dynamiques en acte étaient produites par des forces impersonnelles anonymes et par des structures indépendantes de la volonté humaine. (...) Si on regarde la mondialisation de façon déterministe, les critères pour l'évaluer et l'orienter se perdent. (...).La mondialisation, a priori, n'est ni bonne ni mauvaise. Elle sera ce que les personnes en feront. Nous ne devons pas en être les victimes, mais les protagonistes, avançant avec bon sens, guidés par la charité et par la vérité. » (N°42) « Tandis que les pauvres du monde frappent aux portes de l'opulence, le monde riche risque de ne plus entendre les coups frappés à sa porte, sa conscience étant désormais incapable de reconnaître l'humain. (...) Les nouvelles formes d'esclavage de la drogue et le désespoir dans lequel tombent de nombreuses personnes ont une explication non seulement sociologique et psychologique, mais essentiellement spirituelle. Le vide auquel l'âme se sent livrée, malgré de nombreuses thérapies pour le corps et pour la psyché, produit une souffrance. Il n'y pas de développement plénier et de bien commun universel sans bien spirituel et moral des personnes, considérées dans l'intégrité de leur âme et de leur corps » (N°75-76)

Pas de progrès économique sans développement humain durable

Benoît XVI reprend l'analyse de Paul VI en indiquant la caractéristique essentielle du développement authentique: il «doit être intégral, c'est-à-dire promouvoir tout homme et tout l'homme». (Populorum progressio N°14) Voilà pourquoi raison économique, justice sociale et écologie ne peuvent êtres dissociés : « L'accroissement systémique des inégalités entre les groupes sociaux à l'intérieur d'un même pays et entre les populations des différents pays, c'est-à-dire l'augmentation massive de la pauvreté au sens relatif, non seulement tend à saper la cohésion sociale et met ainsi en danger la démocratie, mais a aussi un impact négatif sur le plan économique à travers l'érosion progressive du «capital social», c'est-à-dire de cet ensemble de relations de confiance, de fiabilité, de respect des règles, indispensables à toute coexistence civile. (...) Sur ce point, il existe une convergence entre science économique et évaluation morale. Les coûts humains sont toujours aussi des coûts économiques et les dysfonctionnements économiques entraînent toujours des coûts humains. (...) Cela demande une réflexion nouvelle et approfondie sur le sens de l'économie et de ses fins,  ainsi qu'une révision profonde et clairvoyante du modèle de développement pour en corriger les dysfonctionnements et les déséquilibres. C'est ce qu'exige, en outre, l'état de santé écologique de la planète et surtout ce qu'appelle la crise culturelle et morale de l'homme, dont les symptômes sont depuis longtemps évidents partout dans le monde ». (N°32)

En effet, sans remettre en cause logique du marché économique, l'encyclique affirme qu'une économie qui se détourne de la morale se « tirerait une balle dans le pied » : « La conviction de l'exigence d'autonomie de l'économie, qui ne doit pas tolérer «d'influences» de caractère moral, a conduit l'homme à abuser de l'instrument économique y compris de façon destructrice. À la longue, ces convictions ont conduit à des systèmes économiques, sociaux et politiques qui ont foulé aux pieds la liberté de la personne et des corps sociaux et qui, précisément pour cette raison, n'ont pas été en mesure d'assurer la justice qu'ils promettaient ». (N°34) « La sphère économique n'est, par nature, ni éthiquement neutre ni inhumaine et antisociale. Elle appartient à l'activité de l'homme et, justement parce qu'humaine, elle doit être structurée et organisée institutionnellement de façon éthique ». (N°36)

A économie mondialisée, autorité politique mondiale

L'encyclique rappelle le rôle de l'autorité politique à tous les échelons : «L'articulation de l'autorité politique au niveau local, national et international est, entre autres, une des voies maîtresses pour parvenir à orienter la mondialisation économique. C'est aussi le moyen pour éviter qu'elle ne mine dans les faits les fondements de la démocratie ». (N°41)

Benoît XVI précise sa pensée : « Pour ne pas engendrer un dangereux pouvoir universel de type monocratique, la « gouvernance » de la mondialisation doit être de nature subsidiaire, articulée à de multiples niveaux et sur divers plans qui collaborent entre eux.». (N°57)

Et encore : « Face au développement irrésistible de l'interdépendance mondiale, et alors que nous sommes en présence d'une récession également mondiale, l'urgence de la réforme de l'Organisation des Nations Unies comme celle de l'architecture économique et financière internationale en vue de donner une réalité concrète au concept de famille des Nations, trouve un large écho. On ressent également fortement l'urgence de trouver des formes innovantes pour concrétiser le principe de la responsabilité de protéger et pour accorder aux nations les plus pauvres une voix opérante dans les décisions communes.(...) Pour le gouvernement de l'économie mondiale, pour assainir les économies frappées par la crise, pour prévenir son aggravation et de plus grands déséquilibres, pour procéder à un souhaitable désarmement intégral, pour arriver à la sécurité alimentaire et à la paix, pour assurer la protection de l'environnement et pour réguler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une véritable Autorité politique mondiale telle qu'elle a déjà été esquissée par mon Prédécesseur, le bienheureux Jean XXIII. (...) Une telle Autorité devra évidemment posséder la faculté de faire respecter ses décisions par les différentes parties, ainsi que les mesures coordonnées adoptées par les divers forums internationaux ». (N°67)

Un regard englobant

Le regard de l'Encyclique se veut englobant. Benoît XVI traite du secteur non-marchand ou hybride (« une forme concrète et profonde de démocratie économique ») (N°38) ; de pouvoir trop exclusif et anonyme des actionnaires sur l'entreprise (N°40); de business ethics et microcrédits (N°45-46) ; de programme de développement  et du rôle des Organismes internationaux et ONG (N°47) ; du respect de l'environnement, qui concern l'avenir des générations futures (N°48) et de l'accaparement de ressources énergétiques (N°50) : (« La façon dont l'homme traite l'environnement influence les modalités avec lesquelles il se traite lui-même et réciproquement (...) Une sorte d'écologie de l'homme, comprise de manière juste, est nécessaire ») (N°51) ; de coopération internationale non paternaliste et du devoir des pays économiquement plus développés de faire (« tout leur possible pour destiner aux aides au développement un pourcentage plus important de leur produit intérieur brut, en respectant les engagements pris dans ce domaine au niveau de la communauté internationale ») (N°58-60) ; du flux des migrations qui (« requiert une politique de coopération internationale forte et perspicace sur le long terme afin d'être pris en compte de manière adéquate ») (N°62) ; du chômage (N°63) ; de la place des syndicats (N°64) ; de la nécessaire réglementation de la finance et l'expérience de micro-finance (N°65) ; des associations de consommateurs (N°66) ; de la technologie qui ne peut se substituer aux valeurs (« Quand l'absolutisation de la technique prévaut, il y a confusion entre les fins et les moyens: pour l'homme d'affaires, le seul critère d'action sera le profit maximal de la production ; pour l'homme politique, le renforcement du pouvoir; pour le scientifique, le résultat de ses découvertes » (N°70-71)) et - last but not least - des médias qui « peuvent constituer une aide puissante pour faire grandir la communion de la famille humaine et l'ethos des sociétés, quand ils deviennent des instruments de promotion de la participation de tous à la recherche commune de ce qui est juste ». (N°73)

 

 

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