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reflexions_psy
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ce blog propose des
réflexions faisant appel à
la psychanalyse et portant
sur des sujets d'actualité
ou de la vie de tous les
jours

Lancé le 27/10/2010 à 17:11:45
Modifié le 28/10/2010 à 07:56:07
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ARTICLE du 28/10/2010 07:56:07   le réchauffement climatique
Le réchauffement de la planète est comme son nom l’indique, un problème planétaire, pour le résoudre, un difficile changement de mentalité s’impose auquel de sérieux obstacles s’opposent, parmi ces obstacles il y a ceux qui se posent au niveau inconscient et que la psychanalyse permet d'éclairer. Il s'agit selon moi de la persistance généralisée de reliquats du stade captatif où l'individu s'il ne se sent plus le centre du monde comme un bébé n'en ramène pas moins tout à lui, à ses besoins immédiats, sans tenir compte des intérêts globaux auxquels il ne cède que suite à une épreuve de force, et du refus de la frustration qui en est l'origine, essayons de voir comment ils se présentent. Tenir compte de l’autre. Dans son évolution affective, le petit d’homme, commence effectivement par être le centre du monde, d’un monde entièrement mis à son service, d’un monde qu’il s’accapare, possède, surtout par l’intermédiaire de sa mère qui, après l’avoir porté, lui donne tout ce dont il a besoin. Dévouée à sa protection, elle cherche à lui épargner toute souffrance, toute difficulté, et c’est bien ainsi. Cependant, cette position centrale, l’enfant va devoir la quitter petit à petit, car devenir adulte, trouver sa place dans la société, (et cela peut inclure pour certains de trouver cette société insupportable), donner un sens à sa vie, c’est tenir compte de l’autre, c’est renoncer à être le centre du monde, à se l’approprier pour soi tout seul, c’est accepter une certaine frustration. C’est l’acceptation de telles frustrations qui non seulement permet la vie collective, mais c'en est le fondement même. Le fameux complexe d'Oedipe qui a fait couler tellement d'encre n'est pas autre chose, renoncer à être le seul, se soumettre à l'existence de l'autre, entrer en compétition avec lui, l'accepter, c'est cette acceptation qui permet d'aller jusqu'à l'amour d'autrui, jusqu'à faire comme idéal du moi, le don de soi, l'oblation, à trouver son bonheur dans le bonheur de l'autre, même si ce bonheur implique une frustration personnelle. Le refus de la frustration. Or s’approprier individuellement, et refuser toute frustration est justement et paradoxalement devenu l’idéal proposé à l’homme d’aujourd’hui dans la réalité de sa vie sociale, au point que la réussite d’un homme ou d’une femme est mesurée à l’aune de ce qu’il possède, compte en banque, maison, voiture, piscine, bateau, même sa vie affective et sexuelle est souvent mesurée au nombre de ses conquêtes, à ses succès ou à ses prouesses sexuelles. Ce besoin de posséder et de profiter sans entraves de la vie est appris fort jeune; l’enfant dès sa naissance est de plus en plus saturé de jouets, et très tôt, il a ses premiers Gsm, Playstation, ordinateur, TV, sans parler de la compétition pour les vêtements de marque. Les enfants sont éduqués dans l’esprit de la possession, et ils sont eux-mêmes souvent une possession, exhibés par les parents pour leur beauté, pour leur intelligence, au point que des concours de fillettes déguisées en stars sont organisés dans certains pays. Ces jouets reçus en excès ne sont souvent pas des manifestations d’amour, mais des signes de possession de biens de la part des parents, on « montre » que l’enfant est « gâté » mais en fait il y a souvent là une incapacité à aimer, car en plus de la fierté d’exhiber les jouets de leurs enfants, ce que ces parents désirent c’est recevoir des manifestations d’amour de leurs enfant, ce qu’il n’obtiennent pas, du moins à court terme, en imposant des limites à leurs désirs. Les choses sont alors inversées, les parents agissant de peur de déplaire aux enfants, plutôt que les enfants pour faire plaisir à leurs parents. L’état nourricier. Le rôle de l’état devient alors peu à peu, de satisfaire les besoins de consommation des électeurs, parce que les élus sont choisis parmi ceux qui flattent le mieux ses espoirs de consommation. Une planète maman à consommer sans modération. Lorsqu’il refuse ainsi toute limite à sa consommation, l’homme reste infantilisé et ne peut pas voir, ni même concevoir qu’il y puisse y avoir une limite à sa consommation du monde perçu comme une mère, qui l’entoure et dont il se nourrit, et refusant toute frustration, il ne peut accepter l’idée de renoncer à quoi que ce soit, ni accepter l’idée d’être responsable de quoi que ce soit, même pas de ses déchets dont « quelqu'un s’occupera », comme jadis ses parents s’occupaient de ses langes ou lavaient son linge. La planète n’est pas une personne. Respecter la planète ce n’est pas revenir à une conception animiste du monde qui attribue une « âme » à la nature, ce qui n’est que le reflet de l’impuissance de l’homme face à ce qu’il ne peut dominer. Il attribue alors une volonté aux forces et aux objets qu’il craint, volonté à laquelle il espère opposer une contre-volonté, par le sacrifice, le rituel, la magie. Cette conception magique du monde pour émouvante et poétique qu’elle soit dans son dialogue imaginaire avec la nature ne procure cependant que l’illusion d’un accord avec elle, même si dans les faits elle force à la respecter, du moins dans le cadre d'une civilisation non industrielle. La science n’est pas toute-puissante. Il ne s’agit pas non plus de remplacer cette pensée magique d’un dialogue avec la nature par celle de l’illusion scientiste, d’une science toute-puissante qui pourrait « maîtriser » parfaitement la nature, pourrait « trouver » comment éviter l’effet de serre, comment éliminer les déchets, ou pourrait « produire » de l’énergie propre, à profusion et nous éviterait toute frustration, mais au contraire nous permettrait de consommer encore plus. La science au service de l’autre. La science peut énormément de choses, mais son bon usage dépend de la capacité de l’homme à aimer, à tenir compte d’autrui, et pour résoudre le problème du réchauffement climatique, non plus un autrui limité à sa famille, son clan, sa tribu, son ethnie, sa culture, ou même son pays, mais étendu à l’humanité toute entière. Respecter la planète implique la capacité d’accepter la frustration qu’il y a une limite à ce qu’il est possible de faire, à ce que la science peut faire, que l’homme n’est ni tout-puissant ni sans responsabilité. Accepter un minimum de frustrations. C’est tout un conditionnement affectif inconscient à changer, passer d’une pensée partiellement infantile, orientée exagérément vers la captation, la consommation égoïste, à une pensée qui nous remet à une place excentrée, simples membres d’une seule humanité pour laquelle nous sommes prêts à accepter certaines frustrations, à faire certains efforts. Les dégâts fait à la terre à cause d'une consommation effrénée sont une occasion de prendre conscience de notre refus infantile de la frustration, de la nécessité de grandir. Devenir adultes en quelque sorte. Et en adultes transmettre à nos enfants cet esprit d'humanité, respectueux de l’autre, de sa planète qui est aussi la mienne, esprit audacieux, optimiste dans la capacité humaine à développer une morale oblative.


ARTICLE du 28/10/2010 07:55:03   la peur de guérir
L’angoisse, tous un jour ou l’autre nous l’avons ressentie, lorsque nous nous sommes trouvés devant une situation susceptible de nous apporter la destruction, c’est une préfiguration de la mort, qu’il s’agisse de la mort d’un projet, d’un espoir, d’un amour, d’un être aimé ou de nous mêmes. Cette angoisse est très utile, car elle mobilise en nous la pulsion de vie, nous met sur le qui-vive et nous tient prêts à réagir pour nous défendre, pour nous battre s’il le faut. Cependant l’angoisse peut apparaître, de façon répétitive pénible et inattendue, sans qu’une cause apparente ne puisse l’expliquer, en un mot apparaître de façon névrotique. Une cause existe cependant, mais elle est inconsciente, elle a pour origine un danger intérieur, comme s’il existait quelque chose en nous susceptible de nous apporter la destruction, qui préfigure la mort. Le danger intérieur Lorsque par exemple, une personne n’arrive jamais à « trouver bien » ce qu’elle fait, cela révèle déjà cette présence d’un ennemi intérieur, car cette phrase indique bien qu’existent un désir, une tentative, une volonté de s’apprécier, mais que la personne n’y arrive pas à cause d’un obstacle inconscient à la réalisation de ce désir, à cette volonté. Cet obstacle est inconscient car cette personne peut consciemment remarquer avoir réussi brillamment un examen ou recevoir des félicitations pour un travail accompli, et cependant ne pas arriver à en être satisfaite, heureuse ou rassurée, au contraire elle a toujours l’impression que cette appréciation est imméritée, qu’un jour « on » va se rendre compte qu’elle ne le mérite pas. Généralement l’analyse finit par amener à la conscience que enfant, cette personne a été dénigrée, dépréciée, regardée négativement, critiquée à outrance, négligée, ou qu’elle s’est heurtée à une forte indifférence parentale, que c’est incrusté en elle le sentiment que jamais elle ne fera suffisamment bien que pour obtenir une appréciation positive des parents. Le moi L’enfant, dans la construction de sa représentation du monde et de lui-même ne dispose que des matériaux qu’on lui donne, vivre implique de trouver ainsi les bonnes adéquations entre les deux. Nous appelons « moi » (ou « ego ») la partie de la psyché qui opère ce travail d’adéquation afin de satisfaire au mieux nos pulsions, nos désirs, nos besoins. Enfant, cette adéquation a pour but, au moyen de sourires, de regards ou de gestes gentils, de déclencher des réactions agréables, comme des caresses, des câlins, des jeux ou des cadeaux, mais aussi, par des demandes insistantes, des exigences, voire de colères, obtenir ce qu’il désire en faisant céder les parents. La situation hélas n’est pas toujours aussi positive, et l’adéquation peut avoir pour but principal d’éviter de déclencher des réactions désagréables, rejet, punitions, colères, coups, brimades, humiliations, terreur, bref d’éviter les manifestations de la pulsion de mort des parents qui malheureusement accompagnent si souvent la dépréciation dont nous venons de parler. Le surmoi Assez rapidement une partie de ce travail d’adéquation se fait automatiquement, sans plus y penser, et l’enfant acquiert des comportements, des réactions automatiques, irréfléchies, qui vont lui permettre d’être apprécié, valorisé, et de se sociabiliser, ces réactions automatiques il les conservera une fois adulte. Cette partie devenue inconsciente du travail d’adéquation, nous l’appelons surmoi. Ce surmoi, lorsqu’il est bien adapté à la vie intérieure et extérieure, nous facilite la vie, nous donne un sentiment de confiance, d’aisance. Mais c’est aussi en lui aussi que se tapit l’ennemi intérieur, celui qui, dans notre exemple, vient rappeler que « ce ne sera jamais suffisamment bien ». Mais même si ce sentiment est très frustrant, très pénible, et éventuellement déclencheur de la démarche thérapeutique, ce n’est pas encore là que se situe la source de l’angoisse. Oser. Aussi bizarre que cela puisse paraître, dans ce même exemple, l’angoisse (on y arrive) aura pour origine le fait d'oser se sentir bien, ou simplement mieux, d’oser avoir des sentiments positifs, de se trouver dans un environnement valorisant, bref de se dégager, d'une manière ou d'une autre, du sentiment de dénigrement hérité des parents, car cela revient au niveau inconscient à s’opposer, à tenir tête à l’ennemi intérieur et cela met dans une situation susceptible d'apporter la destruction que constitue la menace parentale qui a elle aussi été intégrée dans le surmoi et y a pris le contrôle de la pulsion de mort et en menace le Moi. Rappelons que l'expression de la pulsion de mort envers les parents a été refoulée comme nous l'avons expliqué notre mot sur la destruction. L'angoisse générée par cette crainte de la destruction peut être telle que la personne se punit de diverses manières pour l’apaiser, comme nous l’avons expliqué dans notre mot sur la punition. C’est la pulsion de mort extérieure devenue intérieure, introjectée, qui déclenche l’angoisse, lorsque le sujet tente de s'échapper de son conditionnement parental. C’est ce qui, dans une psychanalyse thérapeutique, donne souvent comme première manifestation d’un processus de guérison l’apparition de l’angoisse et le sentiment d’aller encore plus mal qu’avant, nous pourrions appeler cela l’angoisse de guérir, elle peut se manifester à chaque progrès important de la thérapie.


ARTICLE du 28/10/2010 07:52:53   la rupture
La psychanalyse révèle que ce qui pousse deux êtres à s’unir n’est malheureusement pas toujours l’expression complexe et multiforme des forces de vie dans une relation d’amour, mais qu’elle peut parfois aussi être l’expression des forces de destruction. Lorsque ce sont les forces de destruction qui sont à l'oeuvre, la rupture ou le divorce, peut être le point d’orgue du besoin de destruction et de souffrance qui unit ces deux êtres, qui se retrouvent alors prêts, s’ils n’y prennent pas garde, à refaire avec un autre partenaire le même chemin de souffrance. La situation est souvent complexe, et ce qui unit deux êtres peut être la lutte entre ces deux forces, de vie et de mort, lutte dont l’issue est incertaine, et qui amène les couples, au travers de hauts et de bas, à chercher des "trucs" pour sauver leur couple, la plupart du temps sans résultat, car ils n'osent pas regarder en face, ni s'attaquer aux forces de destruction qui sont en eux et les animent. Observons quelques situations. Être désiré par l’autre est une sensation généralement ressentie comme satisfaisante, surtout lorsqu’elle s’accompagne d’une série de valorisations effectuées pour séduire et qui peuvent donner naissance aux sentiments les plus purs. Malheureusement cette sensation d’être désiré par l’autre peut devenir un moyen de compenser le sentiment de ne pas avoir été désiré par les parents, ou de ne pas avoir été compris par eux, ou de ne pas avoir été aimé pour soi-même et d’avoir dû correspondre au désir parental. Une telle recherche de compensations mène alors inévitablement à la création de tensions au sein du couple, tensions qui sont d’éternelles « mises à l’épreuve » du désir de l’autre, car l’image de soi insatisfaisante persiste, elle fait en effet partie du référentiel parental devenu inconscient (elle fait partie du surmoi) et elle n’est contrebalancée que momentanément par cette valorisation, qui demande à être encore et encore confirmée car chaque fois mise en doute. La situation peut hélas être pire encore, le but inconscient d’un ou des partenaires peut être de satisfaire à une exigence encore plus destructrice du surmoi, forçant la personne à constamment se déprécier. Quel que soit l'amour ou la valorisation reçus, cela ne pourra pas remettre en cause cette image négative, et inconsciemment la personne finira par détruire toute possibilité de valorisation, son but inconscient dans la relation étant alors, aussi bizarre que cela puisse paraître, d’arriver à être rejeté par l’autre partenaire, d’arriver à la rupture, dans ce cas l'autre conjoint, celui qui apparemment essaie de valoriser son partenaire peut inconsciemment satisfaire un besoin de destruction qu'il tente de refouler et qu'il abréagit en regardant tristement l'autre se détruire et détruire la relation. De la même manière, un couple peut se former dans le but de vivre le conflit entre les sexes, ainsi, une fille élevée par un père qui cache sa faiblesse derrière un comportement terrorisant (ce qui sera pris comme l’expression de la force virile), pourra une fois adulte, être inconsciemment attirée par des hommes dont elle pourra rapidement ressentir le rassurant manque de virilité, la relative faiblesse, malgré le poids qu’il représente et l’insécurité qu’il apporte et qui sollicitera plutôt son sentiment maternel, inversement un homme élevé par une mère castratrice toute-puissante pourra chercher inconsciemment à détruire sa partenaire (sur qui il projettera sa mère), par l’humiliation, la trahison, voire par la violence physique, lorsque deux êtres sont ainsi inconsciemment unis dans une guerre sans fin et la rupture se fait lentement, car elle signifie la perte de l’adversaire dont ils ont besoin, sauf s’il vient comme initiant une nouvelle guerre, celle de l’appropriation des enfants et de leur transformation en armes contre le conjoint. L'échec ou sa proximité, est souvent le moment d’une remise en cause personnelle, le désir de comprendre ce qui a mené à l’échec, et le désir de ne plus le reproduire. Oui, mais ne pas reproduire n’est pas si facile, c’est là que la psychanalyse peut aider, non pas à comprendre à quel point l’autre est manipulateur, violent, destructeur, faible, mais à comprendre pourquoi c’est ce partenaire là qui a été choisi, pour satisfaire quels besoins de destruction de soi ou de l’autre, pour obéir à quel interdit de bonheur. C’est une prise de conscience difficile, car souvent des années se sont écoulées pendant lesquelles l’autre a été pris comme seul responsable et soi comme seulement victime, c’est une illusion difficile à perdre, entretenue par une littérature complaisante, ou par une sacralisation religieuse lorsqu'elle est utilisée comme une fuite devant la réalité ou comme une magie qui transformerait les ombres de l'autre en lumière, plutôt que de simplement commencer par prendre conscience des siennes. Arriver à aimer et à accepter d'être aimé demande à savoir se remettre personnellement en cause, c'est douloureux, mais cela en vaut la peine.


ARTICLE du 28/10/2010 07:51:53   la destructivité
La vengeance Lorsqu’une personne est fortement blessée moralement, par une humiliation ou par ce qui est perçu comme un affront, une insulte, un mépris, une injustice, cela entraîne souvent le désir de se venger, de faire souffrir, de blesser, de détruire d’une manière ou d’une autre la personne qui est à l’origine de cette blessure. Généralement, la personne « blessée » se contente de fantasmer cette destruction, imaginant avec délice toutes sortes d’insultes, de tortures ou de malheurs frappant le « méchant », cela peut aller jusqu’au fantasme de destruction complète, de la mort du « méchant ». S’il n’y a généralement que fantasme de destruction et non actes de destruction, ce n’est pas seulement à cause des conséquences que ces actes entraîneraient, comme des ennuis avec la justice, non, c’est essentiellement parce qu’ont été intégrés des interdits moraux ou religieux de faire « le mal » d’être « méchant ». La culpabilité La personne qui fantasme les malheurs ou la mort du « méchant » sent d’ailleurs bien que si les malheurs ou la mort devaient par le plus malheureux des hasards se réaliser immédiatement suite à ces fantasmes dans un scénario qui ressemblerait à leur réalisation, elle s’en sentirait coupable, même si rationnellement elle « sait » que c’est un effet du hasard. En fait ces fantasmes entraînent déjà en eux-mêmes de la culpabilité, c’est la raison pour laquelle la personne se déculpabilise parfois en se répétant qu’ils ne sont là que pour soulager sa colère, sa rage, ces fantasmes eux-mêmes peuvent être consciemment rejetées par la personne qui va dès lors lutter contre ses fantasmes, au nom d’un idéal, et elle ressentira une sorte de fierté d’avoir ainsi dominé, refoulé ses pulsions. Le refoulement Cet évitement de la pulsion de destruction, peut être complet, il peut aller jusqu’à refuser de tuer le moindre insecte ou de manger de la viande car cela signifierait la mort volontaire d’un animal. C’est au travers de tels cas que l’on peut se rendre compte qu’il s’agit de bien plus que du seul respect de règles sociales inculquées, qu’il s’agit en fait du refoulement de la pulsion de destruction. Pourtant cette pulsion est nécessaire, elle joue un rôle de protection de l’individu, elle est par exemple considérée comme nécessaire lorsque cette protection est collective, comme c’est le cas pour l’armée ou la police mais elle demande la légitime défense pour être acceptée individuellement Le bon usage Cette notion de légitime défense est importante, car elle permet de comprendre la gestion de la pulsion de destruction, dans un groupe social. Chez l’homme, la protection vient du groupe, de la solidarité, la pulsion de destruction n’est autorisée que vis-à-vis de l’extérieur du groupe, c’est la guerre (pouvant aller jusqu’au génocide), et à l’intérieur du groupe elle est autorisée pour « punir » ceux qui déstabilisent le groupe, qui nuisent à sa cohésion en ne se soumettent pas aux tabous, aux règles, aux lois (cela peut aller jusqu’à la condamnation à mort). L'obéissance Dans le groupe, la cellule familiale joue un rôle primordial, c’est là que se fait l’apprentissage de cette soumission à la loi. Cet apprentissage se fait précisément par la peur de la destruction, car l’enfant apprend vite de ses parents que sa vie est en danger s’il ne se soumet pas. Il risque non seulement de perdre des manifestations valorisantes d’amour dont il a tellement besoin pour acquérir l’estime de lui-même, et de subir des punitions, mais plus fondamentalement, il y a pour lui la crainte de perdre la protection contre la destruction. La caricatural phrase parentale qui fait tant sourire les adolescents qui s’en dégagent : « obéi, c’est pour ton bien » dit bien ce qu’elle veut dire : pour l’enfant, ne pas se soumettre « c’est pour son mal », c’est la peur de la blessure, de la destruction de son intégrité physique, de la souffrance, de la mort, « tu pourrais te blesser » « c’est dangereux » « c’est un méchant produit » « tu pourrais tomber et te faire très mal », et cela même si l’enfant n’a pas encore « conscience » de la mort. Remarquons que l’enfant n’a pas à apprendre que ces parents sont sources de protection, il le perçoit instinctivement, ce qu’il apprend c’est que son obéissance aux parents, à leurs normes à leurs exigences est source de protection, de sécurité, de rassurement, que la désobéissance est dangereuse, mortelle. On comprend alors comment dans l’inconscient se forme le « surmoi » qui associe l’angoisse de mort à la désobéissance aux valeurs parentales qui participent à la fondation de la personne. La destruction de la destruction Mais revenons au refoulement de la pulsion de destruction, qui est celle qui a dû être la première refoulée, car la premières cible de cette pulsion ce sont les parents, et l’obéissance qu'ils imposent est un renoncement à la pulsion de destruction dirigée contre eux lorsqu’ils imposent des frustrations, dit de façon paradoxale, elle est la destruction de la pulsion de destruction, c’est le retournement contre soi de sa propre agressivité pour refouler son agressivité (une sorte de boucle de régulation par rétroaction négative), lorsque ce refoulement est difficile, l’inhibition s’accompagne de fantasmes de suicide, de scarifications, de morbidité, d’échecs, de somatisations de tous ordres qui montrent à quel point ce refoulement nécessite de l’agressivité envers soi-même. La libération impossible On comprend ainsi mieux comment, pour freiner une terrible agressivité envers des parents tyranniques, des enfants sont amenés à développer contre eux-mêmes une terrible agressivité, et comment la libération de la peur qu’entraîne le détachement de tels parents à l’adolescence peut devenir difficile, voire impossible. Apeuré et dévalorisé Car l’angoisse qui en découle est double, peur de la mort comme nous venons de le voir, mais aussi perte de l’appréciation parentale devenue inconsciente, (faisant désormais partie de la personne elle-même) cette perte d’appréciation pouvant se manifester comme un sentiment d’indignité à vivre, à être aimé, d’être porteur d’une tare, d’être handicapé, indignité qui a pour conséquence l’impossibilité de jouir de la vie, de s’aimer, de s’accorder du temps, des loisirs, des amis. Peur de la mort et morbidité constituent les principaux obstacles à la thérapie, c’est ainsi que certains entament thérapies après thérapies, dans le seul but de les faire échouer afin de soulager l’angoisse d’une quelconque réussite et faisant de l’échec leur victoire. Tout cela avec le sentiment de n’en pas vouloir aux parents, cette pensée même ayant été refoulée, car interdite. La guérison La guérison ne peut se faire qu’en passant par l’épreuve de réalité, c'est-à-dire autoriser l’expression de cette pulsion de mort, pour pouvoir l’humaniser, l’apprivoiser, sous le regard bienveillant de l’analyste qui, pendant cette période, remplace grâce au transfert, le parent remis en question. Tout cela, même opéré avec douceur et patience, provoque le passage par une angoisse et une souffrance qui peuvent paradoxalement s’avérer être pires que celles ressenties avant le début du traitement, c’est parfois un vrai passage par l’enfer. Ne pas éviter l'épreuve Si l’analyste lui-même n’a pas eu dans sa vie à passer à travers la souffrance que constituent la perte d’illusions sur lui-même et le dépassement douloureux d’interdits à la vie résultants de sa propre analyse, il craindra d’imposer une telle souffrance, il s’en sentira coupable à l’avance, et demeurera impuissant. En faire de l'argent L’usage de la pulsion de destruction fantasmée est même industrialisé, puisque en occident la violence, la mort, la cruauté la plus extrême se vendent à merveille dans les romans, les films, les séries policières, ou au travers des journaux télévisés qui font audience en montrant la guerre, le terrorisme, la pendaison d’un Saddam Hussein. Et là aussi nous voyons le jeu des forces en présence : une pulsion interdite, qui peut cependant être fantasmée, mais pas n’importe comment, si le fantasme est trop fort il doit être suivit de punition, le « cruel » du film doit être punit, ou alors la cruauté doit déjà être la représentation de la punition, comme c’est le cas pour la pendaison de Saddam Hussein, symbole de cruauté au yeux de l’occident. La question La question qui se pose alors face à la montée de cette agressivité fantasmée est : « pourquoi ?». J’essayerai d’aborder la question dans l’un ou l’autre « mot » suivant. Une piste cependant : la difficulté parentale à se faire obéir sans que l’enfant ne comprenne pourquoi, de peur de le « brimer » les amène à toujours se justifier, mettant l’enfant dans une position de puissance, c’est lui qui décide s’il accepte ou pas la justification parentale à certaines exigences. Cela ne permet pas à l’enfant d’avoir à maîtriser son agressivité puisque le parent fait l’impossible pour qu’elle n’apparaisse pas en le saoulant d’explications sur le bien fondé de lui obéir de plus cela s’accompagne de « compensations » sous formes de cadeaux, tout cela parce qu’ils ont peur de ne plus être aimés de leur enfant, que son agressivité puisse être dirigée contre eux, cela peut aller jusqu’à la perte très jeune, de toute autorité parentale, cela donne de jeunes adultes incapables d’adapter leur agressivité aux exigences de la vie en commun, car incapables de soumettre leur intérêt personnel à une exigence autre que la leur.


ARTICLE du 28/10/2010 07:48:42   Le sens
Quel est le sens de ma vie ? Cette question troublante, tout homme se la pose à certains moments de son existence. Parfois hélas cette question devient une triste affirmation, sous la forme « ma vie n’a pas de sens » ou « ma vie n’a plus de sens » ou encore « La vie n’a pas de sens », ces phrases expriment alors une souffrance qui touche au plus profond de l’être, nous « sentons » que cette souffrance qui semble fort intellectuelle a en fait une forte composante affective, ne serait-ce que par ce qu’elle apparaît souvent suite à la perte d’un être cher ou à une déchirure sentimentale. Dans ces cas elle guéri dans le processus de deuil, mais il est d’autres cas, comme lorsque l’amour de l’être cher a manqué dans l’enfance, qui entraînent un lancinant sentiment de « non sens » de la vie, et comme un deuil qui n’en finit pas. La consommation Cette affirmation désespéré s’exprime avec de plus en plus de force dans une société qui se donne pourtant comme tâche première d’apporter à l’homme le confort, la sécurité, la jouissance d’un maximum de bien de consommation, d’un maximum de distractions, d’un maximum de liberté, en un mot une société qui tente de lui apporter le bien-être matériel, le confort, sans se rendre compte qu’en le faisant avec autant de lourdeur elle fait de l’ombre à l’amour, et malheureusement surtout à l’amour de l’enfant qui par l’attention et l’amour qu’il demande, exige le renoncement à une vie facile, et l’amour oblatif se fait rare, quand son existence même n’est pas déniée. La psychanalyse n’a pas de réponse à la question du sens de la vie, mais elle en a une à l’affirmation du non-sens de la vie, car si la question du sens initie et perpétue une quête joyeuse, vivante et sans fin, mais difficile, l’affirmation du non-sens est par contre un arrêt, une stase de la vie, elle est symptôme de coupures, entre la tête et le cœur, entre soi et les autres, entre le désir refoulé et le désir conditionné, entre notre moi et notre surmoi. Le refoulement Mais il est une autre difficulté : le refoulement à ce questionnement, j’irai jusqu’à dire la mise à l’index de ce questionnement sur le sens de la vie, qui n’arrive plus à se manifester que dans le désespoir de la perte de sens de la vie. Ce refoulement, un culte quasi religieux de la science y contribue pour beaucoup. N’est-ce pas la science qui soigne les maladies, qui permet par l’informatique d’envisager une intelligence artificielle, qui envoie des hommes sur la lune et bientôt sur mars, elle qui développe chaque jour de nouveaux vaccins, des anxiolytiques, des neuroleptiques, des antidépresseurs et autres somnifères. Nous savons tous que la science n’a pas pour mission de conférer le bonheur, elle n’est qu’un instrument qui, bien utilisé, peut y contribuer, seulement voilà elle confère aux scientifiques un pouvoir, une place de sauveurs, de messies. Ils sont comme investis du pouvoir de la déesse science. Le scientisme Les hommes, déjà consommateurs infantilisés se mettent sous la protection de la déesse science, reprenant à leur compte le renoncement de la science à se poser les questions du sens, de l’être, et se limitent à la seule question à laquelle la science peut répondre : la question du comment. Plus il y a de réponses aux « comment », moins il reste de place pour se poser la question du « pourquoi ». D’un instrument qui a permis à l’homme d’affronter les difficultés du monde extérieur, de s’affranchir de superstitions, d’élaguer la religion de ce qu’elle avait de pensée magique, la science est ainsi en partie devenue un instrument de fuite devant les difficultés du monde intérieur, par le refoulement de la difficile question du sens à donner à sa vie, elle procure même les drogues ou les techniques comportementales qui aident à ce refoulement. La réconciliation C’est là que la psychanalyse, en aidant l'homme à se réconcilier avec lui-même, avec son amour, avec son désir, permet à ce questionnement du sens qui était refoulée, de refaire naturellement surface, cependant ce n’est pas son rôle d’y répondre, elle laisse l'homme libre devant ses questions. Par là elle reste ce qu’elle a toujours été, dérangeante, aidant l’homme à aller vers lui même, au risque que ce soit à contre-courant de la pensée dominante. Cela ne lui vaut pas que des amis.


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